Premières analyses

Grâce à vous, les données sur la biodiversité s'accumulent ! Les chercheurs du MNHN livrent leurs premières analyses : retour sur les dernières études ! Au fur et à mesure de l'avancée du programme, nous vous tiendrons informés des nouveaux résultats...

 

Sauvages de ma rue en quelques chiffres...

Depuis le lancement du programme Sauvages de ma rue en Ile-de-France en 2011, c’est au total 119 espèces végétales sur les 125 espèces du programme qui ont été recensées, présentes sur 330 trottoirs de la région. Le record est un trottoir comprenant 35 espèces différentes ! 

 

graph de la participation

 

Un peu plus de 550 observateurs de la biodiversité en ville s’y sont inscrits et ont envoyé des données. Les franciliens ont inventorié la flore de 94 communes de la région. Les quartiers les mieux prospectés sont les 10ème et 18ème arrondissements ainsi que la ville de Pontault-Combault, grâce à quelques observateurs très actifs.

Dans quels types de brèches urbaines?

La moitié des observations de plantes se fait dans les fissures de bitume, entre les pavés ou sur les murs! Il faut dire que pour coloniser ces espaces, aucun aménagement n’est prévu en faveur des fleurs, elles se débrouillent toutes seules à l'aide du vent, des animaux et bien sûr des hommes qui transportent leurs graines, souvent sans le savoir. L’autre moitié des observations se fait dans des brèches qui ont plus ou moins vocation à héberger des végétaux : pieds d’arbres, pelouses... Toutes ces brèches urbaines représentent une superficie importante en surface cumulée.

 

brèches urbaines

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Les Top 3 des rues les plus riches et des espèces les plus observées

A l'issue des relevés de l'année 2011, les trottoirs les plus riches de l'Ile-de-France sont le Passage des deux portes (35 espèces) dans le 20ème arrondissement de Paris, la rue des Pâquerettes (30 espèces) à Champigny-sur-Marne et l'avenue de l'Aunette (28 espèces) à Ris-Orangis. si la diversité des deux dernières semble liée à leur longueur et leur éloignement à Paris, celle du Passage des Deux Portes (70 m de longueur et en plein centre de Paris) doit son importance à la variété des milieux pouvant accueillir des plantes : des pieds d'arbres, des plates-bandes et des haies. Cet exemple témoigne de l'importance de la présence d'aménagements particuliers qui augmentent notablement la biodiversité des rues.

 

PissenlitVergerette du CanadaPâturin annuel

 

Les espèces les plus rencontrées par les observateurs sont le pissenlit commun, Taraxacum sp. ; la vergerette du Canada, Coniza canadensis et le pâturin annuel, Poa annua. Les deux premières produisent des multitudes de graines légères et très mobiles, pourvues de petites plumes qui les aident à se laisser porter par le vent vers le moindre interstice. La troisième est une plante semée dans les gazons.

Et qu'en est-il de la diversité des rues en fonction de leur aménagement?

En moyenne, on retrouve 6.5 espèces différentes par trottoir et ce nombre augmente quand on s’éloigne de Paris, surtout parce que les trottoirs sont plus longs en périphérie de la capitale. Pour comparer les données, on a calculé une moyenne sur une longueur fixe : 4.5 espèces sont répertoriées pour 100 m de trottoir. Ce nombre varie peu avec la distance au centre de Paris.

 

L’aménagement des rues joue un rôle très important sur leur richesse végétale.

 

Diversité en fonction de l'aménagament des rues

 

La figure présente quatre types d’aménagement des rues : « aucun aménagement », « rues avec pelouses », « rues avec pieds d’arbres », « rues avec pelouses et pieds d’arbres ».

 

Les rues sans aménagement particulier, constituées essentiellement de surface imperméables (bitume, pavés, ciment…) ont presque trois fois moins d’espèces végétales en moyenne que les rues présentant des espaces intersticiels végétalisés. Les rues avec pieds d’arbres et espaces engazonnés sont beaucoup plus riches en fleurs sauvages, surtout au centre de Paris. Ces rues pourraient constituer des voies pour la dispersion de nombreuses espèces à travers la ville et ainsi relier les parcs et jardins urbains aux espaces naturels généralement situés en périphérie des villes.

 

L'aménagement des rues est un facteur déterminant de la richesse végétales.

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Pour aller plus loin…

Lorsque l'on s'intéresse aux caractéristiques des plantes échantillonnées en fonction de la distance au centre de la ville, il semblerait que les communautés de plantes du cœur des villes soient plus tolérantes à la sécheresse et à la pollution des sols (riches en nitrates et en ammoniac) que les plantes retrouvées en périphérie. Ce sont des caractéristiques bien connues de l’environnement des villes. Constater que les espèces vivant au centre urbain sont tolérantes aux conditions difficiles propres au milieu urbain valide le protocole du programme « sauvages de ma rue ». Effectivement, le milieu urbain se caractérise par un volume de terre restreint, une disponibilité en eau réduite, une température de l'air plus élevée que dans les milieux ruraux, de la pollution atmosphérique qui accentue la sécheresse, des espaces verts de plus en plus fragmentés... Ces espèces, retrouvées au centre de la ville, ont également les caractéristiques d'être en majorité anémophiles (le pollen est dispersé par le vent) et anémochores (les graines sont également dispersées par le vent). Par opposition, les plantes de périphérie des villes seraient plus souvent entomophiles (pollinisation assurée par les insectes) et zoochores (dispersion des graines par les animaux). Ces résultats sont en accord avec ce que pensent les scientifiques, à savoir que le cœur des villes, éloigné des zones naturelles, abrite préférentiellement des espèces qui ne nécessitent pas la présence animale au cours de la pollinisation de leurs fleurs ou de la dispersion de leurs graines. Ces étapes sont assurées par le vent.

Observateurs, le temps vous donne raison !

Les résultats scientifiques, ici présentés, reste pour le moment des tendances à confirmer avec de nouvelles données.

relevés répétitifs annuels

Chaque année représente une donnée pour les scientifiques et pour que les statistiques soient valables scientifiquement, il faut accumuler les données sur plusieurs années. En savoir plus sur le processus de publication scientifique par Lisa Garnier (Vigie-Nature).